La dernière chronique de SLETO était vraiment attendue avec la dernière impatience ... Heureusement, Géraldine Nakache a l'appli iPhone
Oui, pour ma première chronique depuis un petit moment, je n'ai pas eu peur de m'attaquer à un gros morceau. A SLETO, on ne se cache pas.
L'ex de ma vie donc.
Vu le bouche-à-oreilles catastrophique de ce film (je ne me rappelle pas avoir récemment vu une si mauvaise note moyenne des spectateurs sur Allociné pour une comédie dite "populaire"), je ne m'attendais vraiment pas à grand chose à part une mignonne carte postale un peu coconne à l'accent italien. Pas de publicité mensongère de ce point vue là puisque effectivement L'ex de ma vie n'est rien d'autre que ça, et ne semble même pas vraiment essayer d'éviter le naufrage, comme si cette sympathique médiocrité cinématographique était un aboutissement en soi. Bref ça n'a pas grand intérêt, ça ne vaut certainement pas le prix d'une place de cinéma et comme souvent ça cherche à cacher sa misère derrière quelques seconds rôles vaguement marrants (Catherine Jacob dans le rôle de ... Catherine Jacob, et Sophie Cattani dans celui maintenant un poil vu et revu de la pote délurée).
Au-delà de ce constat banal, on assiste quand même à un enterrement de première classe pour Kim Rossi Stuart, dont la présence dans ce film est un erreur monumentale de la première à la dernière seconde. J'ai peine à me souvenir d'un film dans lequel l'acteur principal semble à ce point perdu dans une langue qui n'est pas la sienne, à tel point qu'on a parfois l'impression que Géraldine Nakache et notre ami transalpin n'ont pas tourné ensemble les scènes et que tout ça a été trafiqué après ... Étrange décision de casting donc que de faire tourner quelqu'un qui ne comprend visiblement pas un mot du texte qu'on lui a filé, et est obligé de se rattraper en multipliant les grimaces jusqu'au ridicule. Triste quand on pense à la pourtant riche et longue histoire commune du cinéma italien et français, qui feraient mieux tous deux d'oublier ce sombre épisode comme on oublie une soirée trop arrosée. Ou même un coma éthylique vu le désastre des 5 dernières minutes du film, qui laisseraient à penser que Dorothée Sebbagh a encore une marge de progression assez importante dans ce métier.
Sinon les auditeurs de France Inter, et notamment de l'émission On va tous y passer, pourront apprécier des micro-apparitions de Norah Hamzawi et Nicole Ferroni. C'est déjà ça.
François Damiens est apparemment devenu une marque déposée assez
rentable pour que de peu scrupuleux producteurs n’hésitent pas à régler son
cachet pour attirer des imbéciles comme moi dans les salles, convaincus qu’ils
ne pourront être trompés sur la marchandise. C’est heureux pour son compte en
banque, nettement moins pour les amateurs de cinéma.
T'inquiètes, le public comprendra que c'est juste pour payer tes impôts ...
Le cinéma m’a appris depuis un
bon moment déjà qu’il ne faut mieux pas toujours se fier aux bandes annonces
pour présager de la qualité d’un film (vous l’aviez déjà appris ici bien sûr), ces très
courts métrages ayant la fâcheuse habitude d’enjoliver un peu les choses, quand
ce n’est pas carrément de la publicité mensongère. N’étant hélas qu’un simple
mortel n’ayant pas d’autres moyens pour me faire une idée sommaire du contenu d’une
œuvre, je n’ai toutefois pas trouvé d’autre dispositif pour choisir quelles
séances auront chaque semaine le privilège d’être honorées de ma présence.
Comme je l’évoquais hier, outre
la présence du toujours cocasse belge déjà nommé, la bande annonce de Je fais le mort me laissait à penser que
je me trouvais peut-être en face d’une sympathique et enlevée comédie
policière, genre qui m’avait ravi il y a pas si longtemps avec le très drôle Pauline Détective de Marc Fitoussi et
Sandrine Kiberlain (très drôle, j’insiste). Si je ne m’attendais pas non plus
au film de l’année, j’avais la faiblesse d’espérer que Je fais le mort serait au moins un peu du même acabit : une
comédie totale sans aucune arrière-pensée pastichant habilement le genre du
polar.
Mais il ne faut faire confiance à
personne, et surtout pas aux producteurs de cinéma qui sont sur Terre la pire
espère qui puisse exister avec les traders de la City et l'individu odieux qui s'esclaffait
comme un attardé mental derrière moi tout à l’heure.
J’ai donc très vite compris que Je fais le mort ne serait pas un chef d’œuvre :
au mieux une bonne comédie pas inoubliable, au pire un chèque en blanc donné à
François Damiens pour essayer de cacher une absence totale de travail sur les
textes et le scénario. J’aurais bien signé pour la première option mais il m’est
malheureusement vite apparu que je n’aurais peut-être pas le luxe de choisir, le
spectacle à l’écran s’étant très vite chargé de me remettre les idées en place.
Poussif mais gentillet pendant une
bonne moitié du film, Je fais le mort
n’est jamais vraiment tordant, d’autant plus que tous ses meilleurs gags sont
déjà contenus dans la bande annonce (…), mais a au moins un temps le mérite de
rester dans le cadre étroit mais confortable de la petite comédie familiale
sympatoche, qui est bien le seul graal qu’il semble pouvoir atteindre. Rien n’est
vraiment génial, les blagues ne font pas toujours mouche, le rythme n’y est pas
et les acteurs n’ont pas tout à fait l’air convaincus par tout ça mais bon, on
voit quand même à peu où ça nous mène.
Et puis peu à peu, quelques
scènes étonnamment peu cocasses nous interpellant ici et là, un doute nous
assaille : Jean-Paul Salomé n’aurait quand même pas l’intention de se
prendre au sérieux et de nous faire le coup de la comédie pas seulement drôle
mais qui est aussi un peu dramatique ? Au début, on se dit que non, c’est
quand même trop gros, ça doit juste être un souci de mise en scène ou de
montage final parce que non, personne n’y croirait. Franchement.
A mesure que Je fais le mort prend vie, la vérité éclate pourtant un moment au
grand jour, car même les aveugles sont dotés d’un sixième sens : et si,
Jean-Paul Salomé va vraiment la traiter sérieusement son histoire policière
pour feuilleton de chaîne de la TNT. Non content de nous offrir une comédie pas
si drôle que ça, il a donc décidé de nous livrer en bonus un polar sans aucun
intérêt, dont il nous semblait pourtant avoir été clairement établi dès son
début qu’il était trop bête pour être vrai. Et puisqu’il lui faut le beurre, l’argent
du beurre et le pot de la crémière, et bien allons y gaiement et balançons
aussi une petite amourette hautement improbable mais tellement mignonne. A ce
moment, un rapide examen de l’heure indique qu’il reste encore un bon paquet de
temps à subir cette farce et qu’il serait probablement plus sage d’en rester là
mais mon dévouement à votre égard m’interdit hélas de quitter précipitamment la
salle, ça ne serait pas professionnel. Soit, j’irais donc jusqu’au bout.
En dépit de tout cela, il faut toutefois
avouer que le film de Jean-Paul Salomé a au moins une qualité, celle d’être
constant dans sa façon d’empirer scène après scène. Passant parfois des minutes
entières sans ressentir le besoin de nous faire rire, il parvient à
progressivement nous faire oublier qu’il a pu avoir un moment un soupçon d’intérêt,
sombrant finalement dans une fin si lamentable qu’elle pourrait presque en être
comique, mais non. Ni drôle, ni prenant, ni émouvant, ni rien, Je fais le mort fait effectivement le
mort et s’étire dans des rebondissements aussi interminables qu’inutiles qui
feraient passer un épisode de Julie Lescaut pour un thriller de David Fincher.
Passés les derniers instants du
massacre à l’écran, il ne nous reste alors plus qu’à nous lever et sortir
pensifs dans le froid sordide régnant au dehors, puis marcher l’air perplexe en
tentant de reconstituer la suite logique des pensées nous ayant entraîné dans
ce traquenard.
Ah oui, François Damiens. C’est con en fait un cinéphile.