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jeudi 8 mai 2014

D'une vie à l'autre : ma femme s'appelle Stasi



Un an et demi après sa sortie en Norvège et près d’un an après sa sortie à Cannes en 2013, le germano-norvégien D’une vie à l’autre (Zwei Leben en allemand dans le titre) sort enfin sur les écrans français, auréolé du titre officieux de successeur du déjà culte La vie des autres. Basé comme d’habitude sur une histoire vraie (oui, le cinéma allemand a de quoi faire pour quelques années encore avec les Nazis et la Stasi …), cette fresque historique a tout d’un genre très prisé depuis quelques années : le devoir de mémoire allemand.


S’il y a bien un cinéma qui est aujourd’hui prisonnier du devoir de mémoire, ou en tout cas largement lié à l’Histoire de son pays, c’est bien le cinéma allemand. Presque 25 ans après la chute du Mur de Berlin, le besoin de mémoire des Allemands sur les années RFA/RDA ne semble toujours pas s’être tari, pas plus que la mémoire des années Nazies qui continuent elles aussi d’être un peu plus réécrites chaque jour, parfois d’ailleurs à la lumière d’éléments justement enfouis dans une RDA qui a longtemps préféré garder jalousement sa propre mémoire.

Face à ce besoin absolument vital pour son pays, le cinéma allemand s’est donc depuis deux décennies largement mis au service de cette cause. Le fait qu’une grande partie de ses plus récents succès internationaux ait à voir de près ou de loin avec ces mémoires n’est donc pas vraiment une surprise, même s’il faut bien dire aussi que le film nazi s’exporte mieux que les films allemands faisant l’effort de parler d’autre chose et ne rentrant donc pas dans ce cadre certes important, mais étroit. A part le récent Oh Boy l’année dernière, pas beaucoup d’œuvres allemandes ne gagnent en effet le droit de parcourir le monde sans une référence à l’Holocauste ou à la police politique. Pas toujours si facile que ça d’être allemand.

Pour satisfaire ce devoir de mémoire, le cinéma allemand fut d’abord relativement démuni, l’horreur est toujours indicible, mais a depuis eu le temps de perfectionner un genre maintenant parfaitement rodé, poli et maîtrisé sur le bout des doigts : le drame historico-psychologique. La recette est maintenant presque toujours la même : une histoire qui fait froid dans le dos, de constants jeux d’ombres et lumière, des couleurs froides pour bien foutre le cafard, de fréquents flash-backs à l’image toute jaunie, une atmosphère musicale subtilement posée et puis, c’est utile aussi, d’excellents acteurs. De ce cadre le film allemand de mémoire ne s’écarte jamais vraiment, tout comme il ne commet jamais vraiment de faute de goût, l’objectif étant trop important pour se perdre en route. On pourra il est vrai juger très conventionnelle toute cette esthétique, par définition aussi superficielle qu’une autre, mais il y a aussi probablement du vrai dans ce désir de s’effacer devant son sujet : devant l’immensité de l’Histoire le cinéma n’est ici sans doute qu’un moyen, pas une fin artistique en soi, et il faut savoir aller droit au but.

(Je tiens à vous rassurer, je vais finir par parler du film)

On ne peut donc juger un film comme D’une vie à l’autre que dans ce contexte, restreignant forcément beaucoup toute liberté de mise en scène, de scénario ou d’interprétation. Tout ceci pris en considération, le long-métrage de Georg Maas est sans conteste une des plus brillantes réussites du genre et mérite tout à fait la plus grande attention du spectateur, qu’il soit ou non allemand et historien. Jouant parfaitement des codes déjà cités, D’une vie à l’autre fonctionne en effet comme un thriller implacable, d’autant plus efficace que la totalité de l’histoire n’est là pas forcément connue de tous. 

Relativement impeccable d’un bout à l’autre (la rigueur allemande c’est quand même quelque chose), il refuse jusqu’à la fin les grandes effusions et les longues digressions pour laisser le spectateur presque seul face à la violence des implications de ce qu’il voit. Très intériorisé, extrêmement contenu, D’une vie à l’autre serait même presque trop laconique au vu de la violence symbolique qu’il agite, si tant est qu’on puisse être trop pudique. 

C’est de toute façon ouvrir le débat de la légitimité même de ces films, qui ne peuvent que trahir en partie la mémoire qu’ils veulent honorer, subjectivité artistique oblige. C’est un débat que je n’ouvrirais donc pas et je préfère conclure sur la simple et banale pensée que D’une vie à l’autre est un film de très bonne qualité, qui devrait plaire à beaucoup d’entre vous.

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Note : 8 (Barème notation)

Pour vous faire un avis par vous-même : la bande annonce


A suivre : Libre et assoupi




mercredi 7 mai 2014

Cette semaine sur mes écrans : 7-13 mai 2014

Pas mal de matière cette semaine, pas de temps à perdre donc.

Indianette Jones et son fidèle valet : enfin un vrai film féministe qui n'hésite pas à casser les codes


Ce que j'irais voir normalement à coup sûr

Arthur Newman
Comédie dramatique - US (1h41)
Réalisé par Dante Ariola
Avec Emily Blunt et Colin Firth
Difficile de voir exactement ce qui se cache derrière ce premier film au vu de la bande-annonce mais j'ai peur que la présence d'Emily Blunt au casting soit déjà pour moi un argument amplement suffisant. Pitoyable je l'avoue. Les jeunes filles apprécieront peut-être aussi la présence du ce bon vieux Colin Firth jamais avare d'un peu de british charme et puis je ne sais pas pourquoi je me justifie de toute façon j'ai encore le droit d'aller voir ce qui me chante et pour les raisons que je veux. Merde.



D'une vie à l'autre
Drame - Allemagne / Norvège (1h37)
Réalisé par George Maas
Avec Juliane Köhler, Liv Ullman, Sven Nordin
"Le croisement réussi entre La vie des autres et Borgen". L'équipe de production du film n'y a pas été de main morte sur l'affiche française du film. Présent aux derniers Oscars sous pavillon allemand, George Maas a bien compris que parler des nazis était encore la façon la plus simple de faire parler de son film. Cela n'empêche cela dit évidemment pas de faire des bons films et D'une vie à l'autre n'a pas l'air d'être le plus mauvais, au contraire, cette belle leçon de marketing n'étant peut-être pas complètement bâtie sur du vent. L’Allemagne, ça vous gagne.



Libre et assoupi
Comédie - France (1h33)
Réalisé par Benjamin Guedj
Avec Baptiste Lecaplain, Charlotte Le Bon, Félix Moati
En parlant de marketing bien senti, Libre et assoupi ne fait pas dans le détail et arrive dans les salles avec un matraquage assez indécent sur l'habituel thème "quelle belle comédie générationnelle tellement drôle et tellement vraie". Vu la bande-annonce, tout ça m'a plutôt l'air d'une collection de clichés laborieusement récitée pour surfer sur la mode de l'époque, dont la paresse ferait finalement bien écho au titre même du film. Il me faut donc aller vérifier si ça sent bel et bien l'arnaque ou s'il y a un sens caché qui m'échappe. Potentiellement un bon défouloir, miam.



Sarah préfère la course
Comédie dramatique - Canada (1h37)
Réalisé par Chloé Robichaud
Avec Sophie Desmarais, Jean-Sébastien Courchesne, Geneviève Boivin-Roussy
Le cinéma québécois a l'immense chance, ou l'immense malchance, d'avoir comme débouché un pays entier de Français prêts à avaler à peu près n'importe quoi tant que l'accent est là pour se marrer un bon coup. Mais le cinéma de nos lointains cousins a aussi ses propres qualités, ayant notamment développé une fibre mi-sociale mi-absurde le rapprochant sans doute plus de nos autres cousins belges que de leurs proches voisins américains. Sélectionné l'année dernière à Cannes pour Un certain regard, le premier long métrage de Sophie Robichaud nous arrive aujourd'hui en France pour entretenir cette étrange special relationship n'ayant plus grand sens plus de 250 ans après la capitulation de Montréal mais permettant au moins d'avoir un accès privilégié à une production étrangère pas moins intéressante qu'une autre. Oui, SLETO est d'humeur cosmopolite cette semaine.



Pourquoi pas également

May in the Summer (de et avec Cherien Davis, avec Alia Shawkat) : Sex & the City in Amman.
Le promeneur d'oiseau (de Philippe Muyl) : proverbiale sagesse chinoise, réalisé par un Français.

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Vous remarquerez que je n'ai cette semaine pas hésité à vous emmener dans 6 pays tous plus différents les uns que les autres de la belle province québécoise à la Jordanie en passant par la Chine, et même la France. SLETO, toujours en avance sur son temps, tenait en effet à vous offrir un avant-goût des vacances. De rien.

Excellentes séances internationales à vous

Un audition qui a dégénéré à cause d'un directeur de casting bourré. Regrettable.