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vendredi 2 mai 2014

Pas son genre : l'amour est une lutte des classes



Fable de l’amour impossible, Pas son genre hésite longtemps entre beaucoup de choses, maladroitement coincé quelque part entre La vie d’Adèle, pour la lutte de classes, et Bienvenue chez les Ch’tis, pour la farce provinciale. Visiblement mal à l’aise avec son sujet, qui est pourtant la principale force de son film, Lucas Belvaux semble longtemps faire étrangement tout pour ne pas être pris au sérieux, au risque d’un flou artistique à peu près total. S’il n’y réussit heureusement pas complètement, cela ne suffit pas à vraiment sauver un film qui ne fait rien pour être aimé.

Les manifestations du 1er mai étaient cette année placées sous le signe de la fantaisie. Non à la morosité !


Si Pas son genre ne mérite sans doute pas d’être excessivement encensé ou démoli, peu de films m’ont au final laissé aussi perplexe une fois le clap de fin tombé. Au-delà de sa qualité intrinsèque, loin d’être exceptionnelle, il me semble en effet que le dernier film de Lucas Belvaux est l’exemple parfait d’un quiproquo artistique total, dialogue raté entre l’auteur et son public. Explications.

Pendant une bonne heure, Pas son genre semble être un film d’une stupidité presque totale, caricature à peu près complète du bon peuple et de la province. Flirtant sans cesse avec un mépris social assez insupportable, notamment grâce à l’interprétation quasi grotesque d’une Émilie Dequenne qui nous a pourtant habitués à mieux question crédibilité, le film de Lucas Belvaux débite tous les clichés possibles et imaginables sur le petit peuple de province, forcément naïf et sympathique, et le parisien type, forcément hautain et spirituel. Dans cet exercice de style franchement affligeant, étant en plus mis en scène avec autant de doigté qu’un épisode de Joséphine  ange gardien, tout semble alors prêter à sourire et les signaux sont au vert pour pouvoir gentiment se foutre de la gueule de cette pauvre gourde d’Émilie Dequenne, bien gentille mais un peu coconne, et la salle ne s’en prive alors pas (bah oui puisque qu’à Paris on est du bon côté de la farce…). Malaise de mon côté, mais certains ont alors l’air de beaucoup s’amuser. C’est vrai que c’est marrant de tirer sur des ambulances.

Et c’est là que Lucas Belvaux perd à mon sens ses spectateurs, qui l’ont certes bien mérité parce que le panneau est franchement gros, et se perd finalement en partie avec son film. Car Lucas Belvaux n’a bien sûr pas voulu seulement réaliser qu’une farce de boulevards sur les amourettes provinciales d’un jeune et brillant philosophe parisien (difficile au passage pour les « provinciaux » de ne pas encore plus détester Paris avec des films de ce genre), et le tournant dramatique arrive finalement quand on ne l’attend presque plus, gavé de scènes plus pénibles les unes que les autres. Et là plus personne ne dit rien dans la salle, parce qu’on s’est bien foutu de la gueule de cette pauvre petite et on se rend maintenant compte qu’on ne vaut pas mieux que ce cher philosophe. Magie du cinéma, qui n’est finalement qu’un grand miroir.

Si les choses ne s’arrangent pas complètement, le regard de Lucas Belvaux sur son héroïne restant très condescendant, ce ton résolument dramatique donne à son film un peu de la profondeur qu’il fuyait jusque-là désespéramment. En mettant régulièrement en scène le malaise social s’installant entre les deux amants, il offre également la possibilité à Émilie Dequenne d’enfin sortir de la caricature dans laquelle elle était enfermée pour entrer dans un registre de la détresse qu’elle maîtrise au contraire sur le bout des doigts, ce qui permet en grande partie au film d’échapper au complet raté vers lequel il semblait se diriger. Si tout cela reste précaire et que cette dernière partie n’a rien non plus d’un chef d’œuvre, ce retournement de style a au moins le mérite de rétablir l’équilibre entre ses deux héros, et surtout de réhabiliter son héroïne durement traitée jusque-là.

Il ne répond en revanche pas à la question de savoir si Lucas Belvaux a intentionnellement massacré la première partie de son film juste pour que le style colle au caractère de son héroïne, alors dépeinte comme la dernière des idiotes. Que ce soit volontaire ou pas, Pas son genre nous laisse donc au final avec cet étrange paradoxe : bien que très largement raté, il n’en est pas moins un véritable objet de réflexion, et ça n’est déjà pas si mal. Reste toutefois l’impression d’une forme de gâchis, et d’avoir raté quelque chose de plus beau et de plus grand. Tant pis.  



Note : 4 (Barème notation)

Pour vous faire un avis par vous-même : la bande annonce


A suivre : Conversation animée avec Noam Chomsky



Le Nord-Pas-de-Calais aussi a son Deauville, les huîtres et les casinos en moins.


mercredi 30 avril 2014

Cette semaine sur mes écrans : 30 avril - 6 mai 2014

Comme je n'ai pas grand chose à présenter cette semaine, je vais quand même dire quelques mots des films que je n'irais pas voir.

The Amazing Spider-Man : déjà vu il y a dix ans. J'ai certes une carte illimitée mais aussi une fierté.
Barbecue : après le succès de Camping, voilà maintenant Barbecue. A quand Apéro, le cinéma français n'en a vraiment pas lui, de fierté.
Last Days of Summer : avec Jason Reitman, tout empire. Juno c'était mignon, In the air un peu con, et voilà que ce Last Days of Summer offre une des bande-annonces les plus ridicules de l'année avec une copie à peine croyable de la scène de poterie de Ghost dans une salade de fruits. Véridique.

Et bam 50% de clics en plus ! Ah ah !


Cette petite défoulade gratuite passée, j'ai quand même 2 films dans le viseur, que voici :

Pas son genre
Comédie romantique - Belgique / France (1h51)
Réalisé par Lucas Belvaux
Avec Émilie Dequenne et Loïc Corbery
Ce film peut tout à fait être une ânerie absolue mais le pitch à La Vie d'Adèle (sans le côté queer), deux mondes sociaux qui se rencontrent par accident et par amour, m'intéresse en soi assez pour tenter le coup. C'est en plus l'occasion de revoir Emilie Dequenne après l'excellent mais un peu traumatisant A perdre la raison, et celle de découvrir Loïc Corbéry, un comédien qui ne devrait pas être complètement dégueulasse puisqu'il vient de notre Comédie nationale. Je n'ai pas vraiment compris si tout ça tournait au drame, ce qui serait plutôt une bonne idée histoire de ne pas faire dans le mélo à la Plus belle la vie, ou si on restait dans la comédie romantique un peu trop basique mais pour une fois qu'une bande-annonce ne met pas toutes les cartes sur la table, soit, je suis prêt à sauter dans le vide. Gare à l'atterrissage.



Conversation animée avec Noah Chomsky
Documentaire - France (1h28)
Réalisé par Michel Gondry
Avec Noam Chomsky et Michel Gondry
Le talent c'est aussi l'art de se renouveler sans cesse, et de ce côté là Michel Gondry a tout compris. Passant du coq à l'âne depuis plus de dix ans, le petit surdoué du cinéma français (si tant est qu'il appartienne au cinéma français) a depuis longtemps choisi d'avancer, d'innover et d'essayer quitte à se tromper, et surtout de ne jamais soucier de l'air du temps, ce qui est sûrement la plus belle des libertés. Quelques mois après sa très risquée adaptation de L'écume des jours, il choisit encore une fois de partir en terre inconnue avec cet étonnant exercice de style : un entretien/documentaire avec Noam Chomsky agrémenté de longues séquences de film d'animation pour alléger un peu le propos, forcément très dense. Une expérience assez unique qui offre l'occasion de découvrir une des dernières grandes figures intellectuelles de notre époque, et repousse toujours plus loin les limites de ce qu'on appelle cinéma. Monsieur Gondry, vous êtes un bel effronté, ça ne vous mènera pas loin.



 Voilà, j'espère pouvoir vous compter parmi les 13 spectateurs français qui iront voir le film de Michel Gondry, ce qui démontrerait que j'ai une influence assez gigantesque sur les cinéphiles de ce pays.


Bonnes séances quoi qu'il en soit, sauf si vous allez voir Barbecue. Je vous la souhaite exécrable dans ce cas.


Le potentiel érotique de cette scène ne vous aura pas échappé.