mardi 26 novembre 2013

Courrier des lecteurs : peut-on décemment s'installer à côté d''un inconnu ?



Les vacances de Noël arrivant à grand pas avec leur cortège de grosses productions familiales provoquant mouvements de foule et bousculades sauvages où 3000 ans de civilisation semblent s’évanouir en un instant, vous êtes de plus en plus nombreux à demander mes conseils pour éviter de vous retrouver irrémédiablement au premier rang tout à gauche, là où il faut beaucoup d’imagination pour voir ce qu’il se passe à droite de l’écran. Autant vous le dire tout de suite, la survie dans ce milieu surpeuplé débordant de vice et de rancœur accumulés pendant une année de frustrations et d’humiliations au travail ne ressemble à rien de ce que vous aurez peu connaître et assimiler pendant le reste de l’année. Il vous faudra donc être à la fois méthodique, résolu et malin. Commençons par une première question ayant toujours donné lieu à de nombreuses et regrettables polémiques.

Faut-il délibérément se mettre à côté d’un ou d’une inconnue ?


Cette question qui m’est régulièrement adressée pourrait à première vue paraître grotesque. En effet, même si le concept d’espace vital a perdu un peu de son attrait idéologique au tournant du siècle dernier, il est indéniable qu’une grande partie de l’entreprise de progrès parcourant toutes les civilisations depuis l’Égypte Antique a consisté à gagner le droit d’ignorer et vivre le plus séparé possible de la foule d’inconnus incommodants vivant à nos côtés et constituant le reste de la société. L’histoire de l’humanité ayant prouvé avec fracas qu’il ne faut faire confiance à personne, l’homme occidental moderne a finalement réussi à mettre en pratique cette fabuleuse utopie constituant aujourd’hui le ciment de nos sociétés : pouvoir vivre constamment aux côtés de parfaits inconnus sans avoir la moindre obligation de leur adresser la parole ou même de reconnaître officiellement leur existence. Nous voici enfin libres, et surtout tranquilles.

Tout naturellement, il ne viendrait donc à l’idée d’aucun humain normalement constitué d’abdiquer ce droit fondamental à vivre en paix à l’heure d’entrer dans une salle de cinéma. Au moment de s’asseoir au hasard des rangées dans le premier siège disponible, votre premier instinct sera donc de laisser le plus d’espace possible entre vous et ces personnes que vous ne connaissez pas et qui vous veulent probablement du mal, et je ne vous le reprocherais pas. 

Mais la vie n’est pas toujours aussi simple que cette déduction logique et la fréquente surpopulation des salles en période de fêtes se met hélas souvent en travers de ce bon sens élémentaire, mettant d’innocents cinéphiles face à un grave dilemme moral. Présentons les choses de façon méthodique en observant les différentes conséquences potentielles de ce choix apparemment anodin :

  1. La logique tristement commerciale régissant le remplissage des salles ignorant le principe d’espace vital minimal nécessaire à l’épanouissement d’un individu, il est généralement admis que l’on peut vendre autant de billets d’entrée qu’il existe de places assistes dans une salle. De ce fait, il paraît tout à fait plausible que votre espace vital finisse par être colonisé par de pénibles retardataires qui prendront un malin plaisir à vous écraser les pieds, renverser votre café et vous faire subir leurs insupportables discussions de retrouvailles, n’ayant bien sûr pas trouvé d’autre moyen pour renouer les liens après six mois que de s’enfermer dans une salle noire entourés de victimes n’ayant pas d’autre choix que de les écouter au comble de l’irritation.  Toute remontrance sera alors inutile, sous peine de déclencher un conflit sans commune mesure sonore avec ces quelques apartés certes inadmissibles mais à peu près supportables.
  2. Cette éventualité n’est pourtant pas la pire, puisque vous aurez dans cette hypothèse encore la chance de garder le bénéfice de votre place chèrement et difficilement acquise. Le monde étant hélas ce qu’il est, il existe pourtant des personnes assez mal intentionnées pour vous empêcher de profiter de ce simple privilège. Attendez-vous en effet à être sollicités à tout moment par un quelconque couple ou groupe vous demandant innocemment de leur abandonner toute votre dignité d’être humain et de vous déplacer juste pour leur permettre de continuer leur discussion en chuchotant pendant toute la séance, gâchant ainsi la séance de toutes les places aux alentours. S’il vous reste bien entendu toujours la possibilité de les regarder droit dans les yeux et de leur signaler votre refus en dévoilant l’égoïsme honteux de leur démarche, cette attitude tout à fait respectable est malheureusement souvent mal vue de vos semblables et pourrait vous exposer à en venir aux mains avec ces insolents. Je ne désapprouve pas du tout ce choix mais il me paraît nécessaire de vous rappeler tout de même que la sécurité du complexe cinématographique vous accueillant risque d’être peu réceptive aux arguments que vous pourrez mobiliser pour vous défendre d’avoir cassé une côté à une femme enceinte et aveugle.
  3. Mais il se peut aussi qu’aucun importun ne vienne vous provoquer et que vous vous retrouviez en possession du Graal : un espace libre où vous pourrez vous étendre à votre guise et entasser votre lourd manteau et vos accessoires hivernaux d’usage. Dans ce bonheur idyllique, imaginez alors, la séance commencée et l’obscurité tombée sur la salle, qu’un retardataire déboule et se retrouve dans l’impossibilité d’accéder à la dernière place libre des lieux, incapable de distinguer dans la pénombre la configuration de la salle. Deux possibilités dans ce cas. Tout penaud, gêné et effrayé par l’ampleur de la lutte se présentant à lui, l’imprudent retardataire se résoudra peut-être à abandonner toute fierté et à se rabaisser jusqu’à s’asseoir par terre comme un vulgaire animal domestique dans le salon de sympathiques retraités. Mais il se peut aussi qu’il ajoute l’effronterie à la non ponctualité et décide alors de mobiliser tout le savoir-faire du premier pauvre employé lui tombant sous la main et donc contraint de retourner toute la salle pour lui trouver un siège, gâchant ainsi la début de séance du public dans son entier. Étant j’en suis convaincu un humaniste scrupuleux constamment soucieux du bien-être d’autrui, vous ne pourrez alors que vous sentir atrocement coupable de la gêne que vous avez infligé sans le vouloir à un pauvre retardataire victime d’un peu prévisible suicide souterrain ou à toute une salle prise en otage par la folie d’un homme. Incapable de profiter du plaisir de la séance, vous quitterez par conséquent la salle affligé de votre propre inconscience, rongé par le remords.

A la lumière de ces hypothèses tragiques, le choix le plus sensé semblerait donc logiquement d’abdiquer votre espace vital et de vous accoler à l’inconnu le plus proche. Ce n’est en réalité pas aussi simple, pour plusieurs raisons :

  1. Cet inconnu, n’ayant pas encore lu cet exposé, prendra sans doute ce comportement comme une déclaration de guerre à son encontre et associera probablement pour le reste de la semaine votre visage à celui de l’infamie et de la stupidité gangrénant notre société, prototype de l’individu malfaisant ne vivant que pour importuner ses semblables. Au mieux, il vous regardera simplement de travers, ce qui laissera tout de même une trace indélébile dans votre pauvre cœur fragile.
  2. Rien ne dit après tout que toutes les personnes présentes dans la salle ne méritent pas votre mépris et votre indifférence les plus absolus, leur statut d’être humain en faisant des créatures naturellement repoussantes. Dans ce cas, vous êtes totalement en droit d’ignorer leur existence et de faire comme bon vous semble. Eux, après tout, ne se soucient pas plus de vous.
  3. Enfin, il est aussi envisageable que la salle ne se remplisse pas comme une boîte de sardines jusqu’à cette extrémité entraînant les terribles événements déjà décrits. Votre conscience civique sera alors appréciable mais tout à fait incompréhensible du point de vue de votre voisin dont vous avez été forcé d’annexer l’espace vital, celui-ci étant alors encore plus en droit de vous haïr, tandis qu’un changement de place au dernier moment vous ferait carrément passer pour un dangereux psychopathe préparant quelque plan maléfique. 

A la lumière de tous ces faits, je me vois donc dans l’obligation de conclure qu’il vous est virtuellement impossible de savoir à l’avance quel comportement est le plus souhaitable à court, moyen et long terme. Je ne peux donc que vous conseiller de vous en tenir à vos convictions et d’adopter l’attitude qui vous semble la plus éthique au moment donné. Les plus grands hommes se révélant dans l’urgence et dans l’adversité, nul doute que vous saurez relever ce défi pour les plus nobles d’entre vous, ou que vous vous raterez dans les grandes largeurs pour tous les autres.

Bon courage et bonne séance.

lundi 25 novembre 2013

La maison à la tourelle : oh baby baby it's a wild world ...



A l’heure où j’aurais pu faire comme tout en chacun et rester tranquillement emmitouflé dans mon salon un chocolat chaud à la main, je ne sais pas exactement ce qui m’a poussé à aller voir un film ukrainien en noir et blanc racontant l’histoire d’un petit garçon orphelin perdu dans un pays ravagé par la seconde guerre mondiale. Sans doute l’espoir d’une illumination, la très sainte fête de Noël approchant. Seul spectateur dans la salle à n’avoir pas connu cette fameuse guerre de mon vivant, la réalité m’est alors finalement apparue : les choses ne sont parfois rien d’autre que ce qu’elles sont et le fils de Dieu nous a quittés depuis longtemps. Tant pis, après tout l’important avec le cinéma d’art et d’essai, c’est justement d’essayer.
S’il y a bien une chose que l’on ne peut pas reprocher au cinéma russe ou ukrainien*, c’est de se vautrer dans la légèreté et la futilité. Deuxième long-métrage d’Eva Neymann, élève de son illustre compatriote Kira Mouratova, La Maison à la tourelle est un film pour le moins lourd à digérer, incontestablement esthétique certes, mais très lourd quand même. 

Si son récit est aussi sinistre que peut l’être une histoire otage d’un tel contexte historique, le film d’Eva Neymann a en revanche le mérite d’être un travail esthétique de tous les instants, chaque plan ayant sans conteste été méticuleusement poli, l’héritage du patrimoine cinématographique soviétique et russe étant ici évident. La beauté épurée de son noir et blanc et la lenteur pesant sur chaque scène permettent par ailleurs à son film de s’échapper d’un réalisme trop académique, donnant à son œuvre un aspect quasi fantastique et très allégorique, sorte de conte slave de la descente aux enfers.

Indéniablement troublant et parfois hypnotisant, notamment grâce à l’interprétation plutôt réussie de son héros, La Maison à la tourelle a en revanche sans doute les défauts de ses qualités, l’obsession esthétique et formelle de sa réalisatrice menaçant constamment son film de tomber dans une pure contemplation un peu froide d’évènements sensés parler d’eux-mêmes. Un travers cependant limité à des proportions raisonnables pendant les deux premiers tiers du film, se clôturant sur la très belle irruption musicale d’une Gnossienne d’Eric Satie, nous laissant alors présager une conclusion très élégiaque. 

Au lieu de cela, Eva Neymann choisit de quitter sa petite bourgade enneigée et de nous faire monter dans un train qui ferait passer le Transperce-neige de Bong Joon-Ho pour un paisible TGV en direction de La Rochelle en plein mois d’août. De sinistre, son film se fait alors carrément lugubre et de plus en plus vain, laissant la contemplation s’emparer totalement de son récit et se laissant tenter par une galerie de portraits de pauvres hères ravagés par la guerre. Une imagerie certes assez traumatisante mais n’apportant pas grand-chose à l’histoire de son petit garçon, d’ailleurs curieusement absent de certaines séquences finales.

Semblant croire qu’il suffit de filmer des ruines sous la neige et des visages défaits pour dire quelque chose de neuf sur les horreurs d’une guerre que l’on connaît déjà très bien, elle nous perd autant qu’elle perd le fil de son récit, qui se clôture finalement dans la même brume ayant enveloppé une bonne partie de son film. Et le spectateur de se demander s’il était foncièrement utile de s’infliger cela volontairement alors qu’il faudra retrouver une fois dehors un froid cette fois bien réel, l’esprit chargé d’images prêtes à alimenter ses plus sombres cauchemars pour les nuits à venir.

Et bien oui, car il faut savoir souffrir, aussi.

*Pour être franc, je connais vaguement le cinéma russe et absolument pas le cinéma ukrainien, je me permets donc d’accoler les deux en raison de la longue histoire commune de ces deux peuples, certes parfois douloureuse pour l’un des deux. Les lecteurs ukrainiens auront donc tout à fait le droit de s’insurger devant ce raccourci culturel.

Note : 7 (Barème notation)

Pour vous faire un avis par vous-même : la bande annonce, qui évidemment ne vous dira à peu près rien sur le film


A suivre : Avant l’hiver (on n’en sort pas)

A part ça, le printemps reviendra un jour, je vous le promets


dimanche 24 novembre 2013

Captain Philips : Houston, on a encore un problème



Après Gravity, Hollywood nous montre une nouvelle fois que tout n’est peut-être pas encore totalement pourri au royaume des blockbusters. En donnant l’occasion à Tom Hanks de renouer avec un genre qui a autant marqué sa carrière qu’il  l’a lui-même marqué, Paul Greengrass réussit à rendre véritablement vraie son histoire l’étant déjà,  une performance pas si fréquente dans le business de l’adaptation de faits divers.   
Il y a presque vingt ans, Ron Howard offrait à Tom Hanks un de ses plus beaux rôles dans le drame spatial Appolo 13  (1995), troisième étape d’une trilogie personnelle hallucinante l’ayant vu décrocher deux oscars consécutifs pour ses rôles dans Philadelphia (1993) et Forrest Gump (1994). Apogée d’une époque où les studios hollywoodiens n’avaient pas encore décidé de nous forcer le couteau sous la gorge à choisir entre qualité et divertissement, Appolo 13 était un film comme seule l’Amérique en est capable, ne serait-ce que pour de vulgaires raisons financières. Parfaitement réalisé et scénarisé, ne cherchant pas à délivrer un quelconque message subliminal pseudo-philosophique et ne virant pas à la revue de stars malgré un casting plus que respectable, le film de Ron Howard se contentait d’être ce pour quoi il avait été conçu : se mettre au service de son histoire et de ses personnages, sobrement mais avec une précision chirurgicale. 

Sans doute jugé trop terne et très peu pratique en termes de placements produits, ce genre semble malheureusement être progressivement tombé en désuétude, le déluge d’effets spéciaux en 5D des années 2000 et 2010 ayant apparemment mobilisé trop de ressources financières pour pouvoir encore engager des scénaristes et réalisateurs capables de produire autre chose que des clips vidéos de deux heures et demie. L’histoire étant heureusement parfois chaotique, quelques rescapés parviennent tout de même de temps en temps à parvenir jusqu’à nos écrans, sûrement par le biais de stratagèmes géniaux présentant aux gros bonnets d’Hollywood des films convenables sous le camouflage de produits dérivés de la dernière trilogie fantastique pour post-adolescents en manque d’émotions fortes. Courrez donc dans les salles voir Captain Philips, Radio Londres est avec vous.

Cette digression mise à part, Captain Philips est donc réalisé de main de maître par Paul Greengrass, le réalisateur de la Trilogie Jason Bourne, dont la mise en scène est assez experte pour se fondre totalement dans le moule du récit, ce qui est peut-être la définition même d’une bonne mise en scène. Sa façon de filmer caméra au poing, suivant fébrilement les personnages comme s’ils étaient filmés par un vidéaste amateur,  apporte ainsi à ses scènes une touche chaotique complètement en accord avec l’histoire défilant à l’écran, communiquant du même coup parfaitement aux spectateurs l’angoisse permanente vécue par les personnages. 

Au-delà de cette réussite technique indéniable, Captain Philips a aussi l’immense mérite d’explorer les deux faces du miroir en ajoutant l’ambiguë point de vue des agresseurs à celui plus attendu des agressés. Un parti-pris pas si fréquent dans un cinéma américain représentant généralement les ennemis de l’Amérique comme des djihadistes fous à lier ou des néo-soviétiques le couteau entre les dents uniquement motivés par l’envie de faire grimper les cours du pétrole pour empêcher à la classe américaine de rouler en jeep. 

Il fallait pour cela prendre le risque de ne pas donner complètement les rênes du film à Tom Hanks, laissant à un illustre inconnu (Barkhad Abdi) la délicate tâche d’incarner l’Autre, parfait miroir du capitaine Philips oscillant constamment entre rage et doutes. Au moins autant que sa mise en scène, c’est bien cette dualité de point de vue qui fait de Captain Philips un film captivant, à mille lieux du prototype de film d’action tapageur qui aurait pu émerger du présupposé de départ. 

Refusant de compter les points entre les deux camps, il sait s’effacer devant son drame, donnant à voir le terrible engrenage des événements pouvant conduire jusqu’à la mort sans moraliser son discours. Cette absence de leçon finale pourra certes déplaire aux esthètes du sens mais donne à Captain Philips une conclusion d’une sobriété rare, en tout cas dans le cinéma hollywoodien, laissant ainsi toute liberté au spectateur de tirer les leçons qu’il souhaite. 

A l’heure où il est moins important d’avoir des idées intéressantes que d’en formuler à tout prix, c’est une bouffée d’air certes éphémère mais appréciable.

A part ça, Tom Hanks est le plus grand acteur du monde.

Note : 8 (Barème notation)

Pour vous faire un avis par vous-même : la bande annonce

 
A suivre : La maison à la tourelle

Pendant ce temps, Tom Hanks est sincèrement touché par ma déclaration d’amour


vendredi 22 novembre 2013

Les Garçons et Guillaume, à table ! : Tout sur sa mère



Étant facilement impressionnable, j’avais fini par me laisser convaincre que Les Garçons et Guillaume, à table ! serait sans conteste une des bonnes surprises de cet hiver pourri, ou au moins de cette semaine l’étant tout autant. Il faut voir en effet l’impressionnante collection de superlatifs placardée dans les transports en commun parisien, et pour une fois pas seulement sorti d’obscures feuilles de choux interactives dont personne n’a jamais entendu parler et qui ne sont sans doute mises en services que pour servir d’alibis critiques à de tristes longs métrages en danger de bide absolu. Faute de bonne surprise, j’ai donc au moins appris que Guillaume Gallienne a beaucoup d’amis qui lui veulent du bien, ce qui n’a rien d’inutile dans ce métier.
Étrange et inégal déballage nombriliste, on pourrait logiquement être tenté de dire que Les Garçons et Guillaume, à table ! pêche par un principe simple, celui de vouloir dévoyer l’objet cinématographique pour les besoins d’une très longue séance de psy où le moi éclipse tout le reste. Ce serait tentant mais en réalité injuste, pour la bonne et simple raison qu’une bonne partie des films sortis en salle ne sont au fond que des autobiographies plus ou moins subtilement et élégamment maquillées et que même les moins transparentes d’entre elles peuvent parfois être de vrais moments de cinéma, comme en atteste le récent Un Château en Italie

La sincérité du propos de Guillaume Gallienne, à qui on ne peut d’ailleurs reprocher de ne pas se livrer tout entier, est d’ailleurs évidente et par moments indéniablement touchante. Mais la sincérité ne fait pas tout : une fois le rideau levé sur le clap de début, il faut encore faire un film.

Adaptation de la pièce de théâtre déjà écrite et interprétée par Guillaume Gallienne, Les Garçons et Guillaume, à table ! n’en est malheureusement pas vraiment un.  Se condamnant dès l’ouverture à n’être qu’un film à sketches et fleurant parfois la comédie de boulevard, il n’est certes pas dénué de trouvailles amusantes mais manque cruellement d’une structure dramatique qui lui permettrait de s’éloigner un peu de son cadre d’origine en se donnant un peu d’air. Un travers aussi gênant qu’étonnant puisque Guillaume Gallienne semble avec son histoire personnelle avoir tous les ingrédients pour porter cette ambition mais ne semble jamais en mesure de lier toutes ces scénettes dans un grand tout, autrement que par une voix off d’un autre âge, plus adaptée au genre théâtral qu’au cinéma.

Une faute de goût qui n’est cependant rien à côté de l’attentat fait au septième art que constituent d’aussi fréquentes qu’insupportables intermèdes théâtraux mettant en scène Guillaume Gallienne en plein monologue dans l’obscurité devant un lit blanc lumineux comme un parterre de cierges dans une église.  Une esthétique d’une ringardise à peine croyable qui ne serait pas si grave que cela si elle ne cassait au passage complètement le rythme du film. Tragiquement empêché de décoller par ces interruptions intervenant toujours aux moments clés pour casser toute velléité dramatique, son film ne choisit par là même jamais entre sa veine comique et tragique, une hésitation apparemment douloureuse au vu d’une fin tellement rapide qu’elle paraît avoir été bâclée pour en finir, et qui achève donc à la hache un récit qui ne s’était même pas encore installé. 

Un mélange des genres d’autant plus frustrant que la double interprétation de Guillaume Gallienne est effectivement bluffante, parvenant à ne jamais vraiment faire sombrer dans la farce le choix de jouer sa propre mère, qui apparaissait pourtant sur le papier comme un inquiétant hommage à Ma femme s’appelle Maurice. Un pouvoir quasi magique presqu’aussi puissant que celui avec lequel il fait disparaître tout le reste de son casting, condamné dès le début du film à un simple rôle de figurant. Difficile cela dit de crier à la publicité mensongère de ce côté-là, on était prévenus. 

Pénétré d’un profond besoin de témoignage, Les Garçons et Guillaume, à table ! a finalement le rythme propre à une séance de psychanalyse, entassant les souvenirs douloureux ou cocasses comme tant d’anecdotes détachées les unes des autres et se révélant au fond lui aussi très anecdotique. 

Oui, après Violette, cette chronique fait encore preuve d’une insensibilité pathologique aux souffrances de l’humanité. Je ferais peut-être un film pour raconter tout ça moi aussi, mais je pense plutôt à Nathalie Baye pour jouer ma mère.

Note : 6,5 (Barème notation)

A suivre : La maison à  la tourelle (présentation)

Pour vous faire un avis par vous-même : la bande annonce



Pendant ce temps-là, Nathalie Baye est très emballée par mon futur projet.