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vendredi 10 janvier 2014

Pour ton anniversaire : poétique de rigueur


Troublant par son idée de départ, Pour ton anniversaire est pourtant la preuve qu’une bonne et originale base scénaristique ne suffit pas à faire un grand film. Dans un film pesant d’académisme et ne s’autorisant aucun écart, Denis Dercourt montre qu’il a malheureusement plus emprunté à l’Allemagne son esprit de rigueur que sa veine lyrique.

"Toujours pas de nouvelles du CHU de Grenoble ?" "Non, je m'entraînais à avoir un air menaçant"

Pour ton anniversaire est l’exemple parfait qu’il est relativement aisé de réaliser une bande annonce suffisamment subtile pour éveiller en nous l’espoir d’une belle surprise, mais nettement plus compliqué de réaliser un film à la hauteur de ces attentes.

Assez élégamment mis en scène, Pour ton anniversaire semblait pourtant avoir les ingrédients pour dérouler un drame véritablement prenant, l’étrange pacte entre ses deux personnages principaux constituant en effet un point de départ certes un peu tiré par les cheveux mais indéniablement intrigant, ce qui remplit déjà une grande partie du contrat. On pouvait dans ce contexte s’attendre à un habile drame psychologique, capable d’aller déterrer tout au fond de notre conscience les doutes et les ambiguïtés qui font le matériau des grandes études de mœurs.

Si Denis Dercourt aspire clairement à cette fin, tout son film va hélas trop vite et s’arrête trop peu en chemin pour se laisser le temps de murir et de pénétrer dans notre esprit. Étonnamment dénué d’une véritable analyse psychologique de ses personnages, il règle bien vite la mise en scène du fameux pacte originel, tout son film prenant alors tout aussi vite des airs d’histoire à dormir debout. Ou d’un conte, mais l’univers qui nous est ici présenté n’autorise pas le moindre fantasme qui pourrait nous emmener dans quelque chose de plus métaphorique, le simplisme se dégageant de cette histoire rocambolesque menaçant au contraire vite de nous faire basculer du côté de l’ennui.

Car il faut bien dire que Pour ton anniversaire, plus encore que simplement académique, est un film terriblement caricatural. En dépit d’une fin vaguement surprenante, tout est en effet ici incroyablement attendu et l’on pourrait aisément écrire le scénario à mesure que le film défile à l’écran tellement l’intrigue ménage peu de surprises. Il faut aussi dire que l’utilisation compulsive de rafales de violons et notes de piano tout au long du film ne nous laisse guère de place à la rêverie et à l’inconnu, chaque tournant pseudo-dramatique étant allégrement aspergé d’une épaisse couche sonore qui finit par lasser plus qu’elle n’émeut.

Dans cette obsession du contrôle et du simplisme à tout prix, Denis Dercourt semble par ailleurs aussi avoir sacrifié tout jeu d’acteurs, les performances de chacun des protagonistes frisant le robotisme et ne contribuant pas à humaniser des personnages qui ressemblent au final à des marionnettes s’agitant épisodiquement sans raison apparente. D’une théâtralité de surface qui ne parvient jamais réellement à habiter son histoire et ses personnages, Pour ton anniversaire se condamne ainsi à n’être qu’une froide démonstration technique, pas toujours inintéressante mais bien en-deçà de ce qu’on pouvait attendre au vu de sa promesse initiale.


PS : je n’exclue pas que le passage de l’allemand au français soit un peu cruel pour Denis Dercourt et son film et nuise en partie à certains effets dramatiques, l’aspect sommaire de la plupart des dialogues sous-titrés m’ayant tout même paru étrange. Je n’ai malheureusement pas la chance d’être locuteur de la belle langue germanique mais je serais néanmoins un peu plus compréhensif que d’habitude dans ma notation. Quelle grandeur d’âme de ma part me direz-vous, et vous aurez raison.




Pour vous faire votre avis par vous-même : la bande annonce

 
A suivre : The Spectacular Now

Elle jouait du piano assise, c'est peut-être un détail pour vous mais pour elle ça veut dire beaucoup

mercredi 8 janvier 2014

Cette semaine sur mes écrans : 8-14 janvier 2014


Beaucoup de films plus ou moins bien référencés sortent cette semaine. Je n'irais pourtant en voir qu'un petit nombre. Comme je sens bien que cela vous interpelle et que je ne voudrais pas vous laisser seuls face à ce mystère entêtant, c'est pour moi l'occasion d'inaugurer une mini-rubrique. A découvrir à la fin.

En attendant, voici les films que j'ai bien l'intention d'aller voir

Une séance d'entraînement typique de Raymond Poulidor : pas étonnant qu'il n'ait jamais gagné le Tour de France

Pour ton anniversaire
Drame - France/Allemagne (1h23)
Réalisé par Denis Dercourt
Avec Mark Waschke, Marie Bäumer, Sylvester Groth
Pour son huitième long-métrage, Denis Dercourt fait peau neuve avec un casting allemand et un film co-produit chez notre voisin préféré, tout en restant dans la veine des drames personnels lourds de sens. Bâti sur une idée de départ aussi originale que traumatisante, pour une fois pas pompée dans un best-seller (et oui ça existe encore les scénarios originaux !), Pour ton anniversaire semble chercher la filiation avec la grande tradition des intransigeants drames germanico-nordiques sans happy end à la clé, dont le danois La Chasse était l'un des derniers brillants exemples. Attention, ça va saigner.



The Spectacular Now
Comédie dramatique - US (1h35)
Réalisé par James Ponsoldt
Avec Miles Teller, Shailene Woodley, Brie Larson, Kyle Chandler
Remarqué à Sundance, ce film sent un peu l'enfumage de l'énième love story douce-amère entre adolescents, sorte de Twilight avec les crocs en moins. La pas très subtile allusion aux scénaristes de 500 jours ensemble sur l'affiche du film semble d'ailleurs bien prouver que The Spectacular Now ne compte pas révolutionner les codes du drame amoureux juvénile. Cela n'en fait toutefois pas forcément un mauvais film et je suis prêt à tenter l'aventure pour découvrir si oui ou non le romantisme n'est plus qu'un appât commercial bon marché pour les pauvres idéalistes naïfs dans mon genre.



Moscou 1973 - L'Amour en URSS
Drame - Russie (1h29)
Réalisé par Karen Shakhnazarov
Avec Yegor Baranovsky, Aleksandr Lyapin
Aussi incroyable que cela puisse paraître ce film n'a aucune bande annonce actuellement disponible sur notre web national, ou en tout cas pas que je sache. C'est donc sur la seule foi de la courte description ci-dessous que j'essaierais de trouver une minuscule salle perdue au fond d'une impasse délabrée qui puisse avoir eu la folle idée de le programmer dès mercredi. Une initiative qui pourrait donc me rapporter une bonne poignée de points cinéphile, à peu près l'équivalent de cinq films norvégiens ou 3 documentaires franco-malgaches.

Chronique de la jeunesse dans le Moscou des années 70. Entre l'université et les fêtes étudiantes, Sergueï tombe sous le charme de Liouda. Pour la conquérir, il va acheter au marché noir un disque des Rolling Stones interdit en URSS.


Et maintenant, la tant attendue nouvelle chronique

Pourquoi je n'irais pas voir ...

Yves Saint Laurent : j'aime bien Pierre Niney et Guillaume Gallienne mais le monde de la monde et la vie d'Yves Saint Laurent m'intéressent malheureusement beaucoup moins.
Homefront : je ne vais pas voir de films avec Jason Statham, par principe. C'est important les principes.
Les sorcières de Zugarramurdi : une seule chose m'ennuie plus que les films d'horreur, ce sont les parodies de films d'horreur. C'est pour la même raison que je ne vais jamais voir un film de Quentin Tarantino.
Lovelace : je n'ai pas envie de me retrouver coincé entre deux pervers tout contents d'avoir la caution pseudo-artistique de producteurs peu regardants pour se délecter d'un film érotique de série B ne disant pas son nom.
Philomena : j'aime beaucoup Steve Coogan mais là non, les ficelles sont énormes.
Destination love : no comment.
Cadences obstinées : l'affiche me donne envie de vomir.
Les gouffres : j'ai le vertige (en réalité, il est possible que j'y aille, surtout si aucune salle digne de ce nom ne se décide à m'accueillir pour le dernier film de la liste précédente)


Je vous laisse la possibilité d'essayer de me convaincre d'ici mercredi prochain d'aller voir un des films ci-dessus par le biais d'une grosse somme d'argent ou de la promesse de services sexuels réguliers mais je ne vous promets rien, et en réalité je n'ai aucune intention de changer d'avis, car je suis borné voilà tout.

C'est une boîte de préservatifs, j'ai fait graver tes initiales sur chacun d'entre eux, en souvenir de notre amour

Bonne semaine et bonne(s) séance(s) d'ici là